11 octobre 2018
Pour les producteurs laitiers
Le nouvel accord de libre-échange ne passe pas
Par: La Pensée de Bagot
Brigitte Sansoucy
Question Period / Période des questions 

 Ottawa, Ontario, on 04 June, 2018. 

© HOC-CDC

Credit: Bernard Thibodeau, House of Commons Photo Services

La députée de Saint-Hyacinthe–Bagot, Brigitte Sansoucy, lors d’une intervention à la Chambre des communes. Photo Chambre des communes

La signature du nouvel accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC) provoque la colère chez les producteurs laitiers du Québec. Dans le comté, la députée de Saint-Hyacinthe–Bagot, Brigitte Sansoucy, estime que les libéraux ont laissé tomber une nouvelle fois le secteur agricole.

« Chaque fois que l’on fait une brèche dans le système de la gestion de l’offre, on le fragilise. Quelle sera la brèche de trop? La gestion de l’offre est une richesse collective pour l’ensemble des citoyens et citoyennes », mentionne Mme Sansoucy.

Face à une demande de l’administration Trump d’abolir purement et simplement la gestion de l’offre, permettant un accès total au marché canadien, la décision de concéder 3,6 % aux producteurs laitiers américains représente un moindre mal, selon le premier ministre Justin Trudeau.

Le milieu agricole québécois tenait fermement à protéger intégralement la gestion de l’offre. « Les producteurs de lait sont fâchés de s’être fait berner par un gouvernement qui n’a pas tenu sa parole », déplore Yvon Boucher, président des Producteurs de lait pour le territoire de la Montérégie-Est.

Selon M. Boucher, un nouvel accès au marché canadien permettra d’écouler les surplus des fermes américaines. Par exemple, la production laitière de l’état du Wisconsin dépasse celle du Canada au complet. Cet excédent s’explique par une industrie américaine qui n’est pas réglementée comparativement au Canada où s’applique la gestion de l’offre permettant, entre autres, un équilibre de l’offre et de la demande.

Cet accord est loin d’être équitable aux yeux d’Yvon Boucher puisqu’il n’y a pas de contrepartie pour le milieu agricole canadien. « La poudre de lait écrémé que l’on exporte aux États-Unis sera encore plus limitée », déplore le producteur laitier.

Yvon Boucher est copropriétaire d’une ferme familiale située à Saint-Césaire qui exploite un cheptel de 120 vaches produisant 4000 litres de lait par jour. Dans le cadre d’accords internationaux, c’est la troisième fois que les producteurs laitiers cèdent à contrecœur une partie du marché.

Le Partenariat transpacifique signé en mars avait concédé 3,25 % du marché des produits laitiers. Quant à l’accord économique et commercial global signé en octobre 2016 entre le Canada et l’Union européenne, celui-ci attribue 2 % du marché à l’exportation outre-Atlantique.

« À trois reprises, le gouvernement s’est servi des producteurs agricoles comme monnaie d’échange », constate avec déception Yvon Boucher.

Au siège social de l’UPA à Longueuil, la déception est également profonde. « Ces trois concessions signifient que la production canadienne devra diminuer de près de 9 %, ce qui représente l’équivalent d’un mois [de production] par année », indique Marcel Groleau, président de l’UPA dans un article publié dans le Journal de Montréal.

Compensation financière

Pour pallier le manque à gagner des producteurs laitiers, le gouvernement Trudeau promet des compensations financières.

Ce dédommagement à venir est balayé du revers de la main par Yvon Boucher. « Nous ne voulions pas de compensations financières. Pour nous, c’était zéro accès au marché canadien », rappelle M. Boucher.

La députée néodémocrate souligne qu’aucun chiffre n’a été encore avancé par Ottawa concernant le montant de compensation auquel les producteurs laitiers peuvent s’attendre.

Le nouvel accord commercial avec les États-Unis et le Mexique remplacera l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) qui était en vigueur depuis 1994. ß

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