19 janvier 2022
De retour en Tunisie
Déception et amertume pour deux ex-employés de Beaulieu Canada
Par: Alain Bérubé

Un couple de Tunisie, Ghassen Jeddi et Zorah Salah, sont retournés dans leur pays après une courte expérience de travail qualifiée de décevante chez Beaulieu Canada.

Arrivé au Québec avec sa conjointe Zohra Salah et ses deux enfants en décembre 2020, afin de travailler comme opérateur de machine à l’usine valoise de Beaulieu Canada, Ghassen Jeddi a par la suite déchanté et perdu ses illusions. Quatre mois plus tard, soit en avril 2021, il retourne dans son pays d’origine. M. Jeddi confie aujourd’hui son désarroi.

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C’est en plein confinement que M. Jeddi et sa famille sont arrivés à Saint-Hyacinthe, avec une attitude positive.

« On a tout laissé tomber pour l’espoir d’une vie meilleure, comme tous les immigrants. À la base, j’ai postulé seul pour le poste, mais lors de l’entretien, on m’a proposé d’amener ma femme et mes enfants au Québec », souligne M. Jeddi à LA PENSÉE.

L’ex-employé de Beaulieu Canada soutient que son mécontentement n’est pas relié à son salaire.

« C’est un problème d’horaire de travail, surtout pour ma femme, car on lui a imposé de travailler le week-end. Dans le contrat, c’était bien mentionné qu’on avait deux jours de vacances ensemble, soit le samedi et le dimanche. Nous avons parlé au syndicat et aux ressources humaines, mais on a refusé de nous aider sur ce point », commente M. Jeddi.

Ce dernier soutient qu’il a commencé une dépression à cause des acouphènes liés à un accident de travail.

« Je manquais de sommeil et je vivais du stress. Les gens à l’usine voyaient que je n’allais pas bien. J’avais en main une lettre d’une travailleuse sociale pour donner au médecin, qui décrivait notre situation psychologique avant notre départ vers la Tunisie. Mais malheureusement, j’ai perdu tout mes droits en retournant là-bas. Je souffre d’anxiété depuis notre retour », confie-t-il.

Déçu de ne pouvoir recevoir une aide plus rapide des députés de la région, M. Jeddi compte sur une campagne d’autofinancement lancée par un ami sur GoFundMe (« Aider Ghassen pour regagner sa vie »), avec un objectif de 5000 $.

« Je sais que ce n’est pas la solution pour nos problèmes, mais ça va nous aider un peu, le temps qu’on trouve un travail. On est rentrés en Tunisie avec des dettes et en croyant qu’on aurait la vie d’avant. Mais malheureusement, ce n’est pas le cas du tout », conclut-il, espérant que la solidarité de la population puisse leur donner des jours meilleurs.

Réactions de Beaulieu Canada

Sans commenter en détails le cas de M. Jeddi et de sa conjointe, la direction de Beaulieu Canada mentionne que l’objectif de l’entreprise, en recrutant des travailleurs en Tunisie, était de combler des postes difficiles à pourvoir au Québec et, ce faisant, de donner l’opportunité à des travailleurs étrangers de s’installer au Québec.

« Lors de ces rencontres tenues en Tunisie, toutes les personnes présentes ont été informées que les quarts de travail disponibles chez Beaulieu Canada étaient de soir, de nuit et de fins de semaine », soutient Isabelle Tanguay, conseillère en relation de travail.

Mme Tanguay ajoute que pour faciliter l’intégration des nouveaux employés étrangers, Beaulieu Canada n’a pas ménagé ses efforts – incluant les ressources humaines -, notamment en procédant à l’embauche des couples pour faciliter l’intégration des deux conjoints sur le marché du travail au Québec. Elle a aussi dispensé une formation à l’interne en communiquant avec Forum-2020, pour ainsi assurer un logement meublé, propre et décent à ces nouveaux travailleurs ainsi qu’avec la Maison de la Famille afin d’obtenir un soutien aux démarches nécessaires à l’arrivée de travailleurs étrangers.

« Le programme d’aide aux employés et le département des ressources humaines de l’entreprise sont également à la disposition des travailleurs qui en ressentent le besoin », indique Mme Tanguay.
Cette dernière soutient que parmi les 27 employés embauchés en Tunisie, deux seuls ont quitté l’entreprise, soit M. Jeddi et Mme Salah.

« Ils ont volontairement quitté leur emploi, tout comme le Québec, sans en aviser quiconque, ne serait-ce que leur employeur et leur locateur qui ont dû se rendre à l’évidence de leur départ vu leur absence inexpliquée du travail et l’état de leur logement », mentionne-t-elle, ajoutant que Beaulieu Canada était sincère dans sa démarche d’embauche, d’accueil et d’intégration de travailleurs étrangers provenant de la Tunisie.

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