18 janvier 2023
Desservir en eau potable les villages voisins
Acton Vale fait marche arrière
Par: Sarah Villemaire

L’usine de production d’eau potable d’Acton Vale permet de produire un volume d’eau de plus de 18 000 m³ par jour afin de subvenir aux besoins des quelque 7871 Valois. Photo François Larivière | La Pensée ©

L’usine de production d’eau potable d’Acton Vale permet de produire un volume d’eau de plus de 18 000 m³ par jour afin de subvenir aux besoins des quelque 7871 Valois. Photo François Larivière | La Pensée ©

Nul doute, les changements climatiques viennent perturber le processus décisionnel de certaines municipalités de la région en matière d’optimisation de l’approvisionnement en eau. C’est le cas de la Ville d’Acton Vale qui a choisi de ne pas aller de l’avant avec l’offre de branchement d’eau à des communautés voisines.

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En novembre dernier, la Ville d’Acton Vale a adopté une résolution visant à refuser de desservir les municipalités de Saint-Liboire, de Sainte-Hélène-de-Bagot et d’Upton en eau potable. Bien que favorable à cette avenue pas plus tard que l’an dernier, la Ville base son refus sur des études et des données du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) en matière de débit d’étiage. Malgré la production d’un volume d’eau potable d’un peu plus de 18 000 m³ par jour, les risques d’assèchement de la rivière Noire au fil des prochaines années préoccupent les élus municipaux.

« Les études tendent à démontrer que le niveau et le débit d’eau de la rivière Noire pourraient baisser au fil des ans. On aimerait aider les Villes qui ont fait la demande, mais on ne veut pas se mettre dans le trouble et diminuer le pompage au niveau de la rivière. Ça n’a pas été une décision facile, mais on l’a fait en pensant d’abord au bien-être de nos citoyens », soutient Éric Charbonneau, maire de la Ville d’Acton Vale.

Sans rancune, le maire de Sainte-Hélène-de-Bagot, Réjean Rajotte, dit comprendre la position d’Acton Vale dans le dossier. « On comprend que cette Municipalité ne peut nous garantir son accès à l’eau potable pendant 20 ans, ce qui rend sa décision légitime. On aurait probablement fait la même chose si l’on était dans sa position. Il nous reste à trouver d’autres pistes de solutions pour les années à venir », mentionne-t-il.

De son côté, la Municipalité de Saint-Liboire poursuit aussi ses recherches en approvisionnement en eau malgré ce refus. « Pour l’instant, la Ville ne manque pas d’eau. On veut simplement sécuriser l’approvisionnement en eau de nos citoyens et de nos entreprises à long terme tout en préparant le terrain pour de futurs projets résidentiels. Avec quatre puits et en recherche d’un nouveau, on est en bonne posture pour les prochaines années », souligne Yves Winter, maire de la Municipalité de Saint-Liboire.

Tout comme Saint-Liboire, Sainte-Hélène-de-Bagot concentrera ses efforts dans la recherche d’eau avec le forage d’éventuels puits. Depuis les derniers mois, deux tentatives d’aménagement de puits ont été effectuées dans la municipalité. Il faudra attendre au printemps avant de pouvoir effectuer l’analyse de qualité de l’eau permettant de passer aux étapes suivantes. « C’est un travail de longue haleine, car nous devons suivre toutes les étapes prescrites par le gouvernement et nous assurer que les puits soient viables à long terme. On ne veut pas non plus puiser dans trop de puits, car les traitements de décontamination entre plusieurs sources d’eau sont longs et coûteux », renchérit M. Rajotte.

En perpétuel changement
L’Organisme de bassin versant (OBV) Yamaska n’est pas surpris de la décision d’Acton Vale. Témoin des changements sur le terrain, l’organisation explique la baisse du volume d’eau par la prolongation de la période d’étiage qui s’étend désormais du mois de juin au mois d’octobre. Mentionnons que cette donnée permet de calculer le niveau de l’eau à son plus bas dans une période donnée servant ainsi d’indicateur de volume d’eau de surface.

« Depuis les dernières années, la quantité de précipitations reste la même. Le problème est que les précipitations ne sont pas toujours constantes en raison des périodes de redoux à l’hiver et de sécheresse durant l’été. Aussi, il y a de plus en plus de pluies violentes qui ne sont pas complètement absorbées dans la nappe phréatique et, malheureusement, les infrastructures municipales ne sont pas capables de gérer adéquatement les crues d’eau soudaines », explique Michel Laliberté, responsable des communications de l’OBV Yamaska.

Ce dernier rappelle que les municipalités doivent davantage se questionner sur l’importance de l’économie d’eau. Une meilleure gestion des eaux pluviales et une meilleure configuration du développement résidentiel devraient être mises de l’avant, selon M. Laliberté.
« Il faut repenser la façon de développer les villes. Si elles veulent ajouter de nouvelles résidences, il faut s’assurer de bien les desservir en eau. Le béton très présent dans les municipalités n’aide pas non plus à recharger en eau la nappe phréatique. Bref, ce sont tous des éléments à considérer sur le plan de l’étalement urbain », conclut M. Laliberté.

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